Le cheval de trait en Centre Bretagne

Souvent qualifié de « petit soldat », le cheval de trait breton, à la robe souvent alezane ou aubère, demeure indissociable des campagnes du Centre Bretagne. Chaque année à Loudéac, une grande fête lui est d’ailleurs dédiée. Un événement qui avec les concours d’élevage, valorise le rôle des éleveurs qui contribuent à la conservation de cette race ainsi qu’à la préservation du patrimoine et de la biodiversité.

Étymologiquement, un cheval de trait est le nom donné à tout cheval qui est utilisé pour tracter, et ce peu importe sa race. Ces chevaux spécifiques ont été sélectionnés afin de venir en aide aux hommes dans des activités comme le transport de matériel militaire, l’agriculture ou encore pour transporter les voyageurs et les marchandises. Parmi les 9 races de chevaux de trait recensés en France (1), le trait breton forme quasiment un tiers de l’effectif total, juste derrière le comtois. En 2017, on recensait environ 12 000 chevaux bretons en France, dont plus de 40 % sur le territoire de la Bretagne administrative. Il existe deux types morphologiques de cheval breton : le postier et le trait. Le postier est « chic », plus léger, avec une encolure longue. Son dos est tendu et sa croupe longue et plate. Les allures sont hautes et énergiques avec de l’engagement notamment au trot. Le trait est puissant, massif et plus compact que le postier. Sa tête est plus souvent carrée et sa poitrine profonde. Le dos est tendu, large et musclé, la croupe est large et double. La cuisse et l’avant-bras sont musculeux. Depuis le début du XIXe siècle, le monde entier le connaît et l’importe. L’apogée des exportations se situe dans les années 1900-1940. À l’époque, des trains remplis de chevaux quittent la gare de Landivisiau pour toutes les régions de France et prennent le bateau pour toutes les directions du monde.

Des éleveurs passionnés

Le chemin de fer d’abord, puis l’arrivée de la mécanisation dans les campagnes, vont pourtant asséner un coup de grâce au cheval de trait. Alors que les races se meurent de ne plus être utilisées pour les transports ou dans l’agriculture, le principal débouché devient, dans les années 70, la boucherie qui alourdit de nouveau le cheval de trait. Mais il suit depuis quelques années un régime minceur afin de rentrer de nouveau dans les brancards des attelages de compétition et de loisir et le postier, avec son chic et ses allures brillantes, revient, quant à lui, au goût du jour dans les compétitions d’attelage Organisée à Loudéac, la fête du cheval a assurément contribué à redynamiser l’élevage du trait breton sur le territoire. Après une annulation en 2020, puis une édition réduite à un seul défilé en 2021, les bénévoles de la Société hippique rurale ont enfin pu renouer avec cette manifestation populaire, au mois d’août dernier (pages 6 et 7). Si la race perdure, elle le doit aussi et surtout à la passion des éleveurs du territoire. C’est notamment le cas de Marcel Dusseux. Baptisé « l’empereur du trait breton », le septuagénaire de Saint-Hervé n’a pas encore l’intention de raccrocher (page 8). Du côté d’Allineuc, Roland Le Mouël est un passionné des concours d’élevage et il tutoie régulièrement l’excellence. En février prochain, il sera nouveau présent au Salon international de l’agriculture de Paris, avec une de ses pouliches (page 10). Chez les Blanchard, à Trévé, la passion pour le trait breton est devenue une histoire de famille. Passionnée par l’attelage, elle participe chaque année à la fête du cheval (page 12). Tout aussi passionnée Nolwenn Alix a quant à elle choisi d’en faire son métier. Maréchal-ferrant, la jeune femme s’est spécialisée dans le cheval de trait breton (page 14).

1: Le breton, le percheron, le boulonnais, l’ardennais, le comtois, l’auxois, le cob normand, le trait du nord, le mulassier poitevin.


 

Fête du Cheval

Jean-Paul Duault, l’homme du renouveau

Président de la Société Hippique Rurale de 1993 à 2000, puis de nouveau depuis 2014, Jean-Paul Duault est l’un des artisans de la renaissance de la fête du cheval, à Loudéac. Une fête particulièrement populaire née en 1936.

À la fin du XIXe siècle, la région de Loudéac est reconnue pour son dynamisme dans le domaine de l’élevage des chevaux. Depuis la création de la société des courses, en 1881, le meeting organisé autour du week-end de Pâques apparaît même comme l’un des premiers de l’Ouest ! Mais pour l’essentiel, ces chevaux de selle sont élevés pour alimenter les effectifs de l’armée. En 1908, le conseiller général Arthur Enaud, fonde une société hippique dont l’objectif est cette fois d’encourager l’élevage du cheval de trait. Celui-ci est amené à remplacer les boeufs pour les travaux de la ferme. L’engouement est rapide et dans les années 20, sous l’impulsion d’élus locaux et plus spécialement du député-maire de Loudéac, Henri Le Vezouët, un gros effort de sélection est réalisé et « le cheval breton » devient le « roi » des haras de Lamballe et des stations du Centre Bretagne. Le développement de l’élevage est tel que la direction des haras nationaux incite les éleveurs à créer une Société Hippique Rurale (SHR). C’est chose faite en 1936 et une première fête du cheval est organisée, le dernier dimanche d’août. Organisée à l’hippodrome, elle rassemble plus de 900 chevaux. Un large succès populaire qui va se confirmer les années suivantes. Enfin pas très longtemps ! En 1939, la fête qui devait être présidée par le général Weygand, chef des armées, est annulée le matin même alors que de nombreux chevaux sont arrivés sur place. Quelques jours plus tard, la guerre sera déclarée.

La Garde républicaine en 1954 et 2006

En 1946, la fête reprend avec toujours le même succès et elle le sera sans discontinuer pendant presque trois décennies. En 1954, elle sera même présidée par Gaston Monnerville, président du Sénat, accompagné d’un détachement de la Garde républicaine qui défile dans les rues de la ville. Au cours des années 60, la mécanisation agricole va naturellement vider les campagnes du meilleur ami de l’homme. Confrontée à une nette diminution du nombre de cavaliers, la fête du cheval est mise en sommeil, en 1972. Désormais pilotée par le comité des fêtes de La Motte, elle va renaître au mois d’août 1981. Avec de nombreux éleveurs mobilisés et plus de 4 000 spectateurs, elle obtient même un succès inespéré par les organisateurs. Une décennie plus tard, malgré un net développement de l’élevage des chevaux de trait dans la région, le comité des fêtes renonce néanmoins à l’organisation d’une manifestation qui devient alors trop lourde à porter. À l’époque secrétaire de la SHR, Jean-Paul Duault propose de relocaliser la fête, dans la ville qui l’avait vu naître, Loudéac. Pendant près de 15 ans, elle aura lieu au nord de la ville, sur le site de Ker d’Hervé. En 2006, pour marquer le 70e anniversaire de sa naissance, elle retrouve même son site originel, l’hippodrome de Calouët. Pour l’occasion, la Garde républicaine fait une nouvelle fois le déplacement et 80 cavaliers vont défiler dans les rues de la ville et participer à une fête qui attire près de 20 000 personnes, sur deux jours. Depuis, sans atteindre cette affluence record, la fête du cheval de Loudéac, attire chaque année des milliers de spectateurs pour un spectacle de qualité et sans cesse renouvelé. Aujourd’hui âgé de 75 ans, Jean-Paul Duault souhaite, quant à lui, passer la main et quitter la présidence de la SHR. Mais pas question pour autant de renoncer à participer à une fête du cheval, dont il n’a pas manqué une seule édition… depuis 1956.


 

Marcel Dusseux

« L’EMPEREUR DU TRAIT BRETON »

 

Agé de 76 ans, Marcel Dusseux demeure une figure dans le monde du cheval de trait breton. Éleveur pendant plusieurs décennies dans son exploitation de Saint-Hervé, celui qui a fait de sa passion un métier, n’a pas l’intention de raccrocher

« Pour l’empereur du cheval de trait breton ». Dans la pièce du sous-sol de sa maison de Saint-Hervé, qui lui sert à la fois de bureau et d’espace de convivialité pour recevoir ses amis, la toile dédicacée par l’artiste-peintre briochin, André Coupé, le représentant à la foire aux poulains de Plaintel, est accrochée sur la porte. Tout autour, coupes et trophées s’entassent sur les étagères et prennent la poussière. Dans un coin, une imposante statue de cheval a été affublée d’une pancarte avec une mention teintée d’humour : « Toujours cité, jamais récompensé ». « C’est le vétérinaire qui me l’a offert », sourit Marcel Dusseux. Le lieu résume l’homme. Spécialiste reconnu du cheval de trait breton, il n’est guère attaché aux titres et aux honneurs. Mais le cheval en général et le cheval de trait breton en particulier, c’est sa passion. Depuis toujours. « Dès l’âge de 12 ans, je menais les chevaux dans la ferme de mes parents », se souvient-il. Il n’a que 22 ans, lorsqu’en 1968, il reprend la ferme familiale située à la Fontaine Robert, dans sa commune natale. Pour cultiver les 40 hectares de l’exploitation, il n’a pas de tracteur mais il peut compter sur ses deux juments : Rêveuse et Gina. « Il n’y a pas de meilleur cheval que le trait breton, assure le spécialiste. Même fatigués, ils vont encore au boulot ». D’abord cantonné dans l’élevage de vaches laitières puis de taurillons, il va finalement abandonner l’élevage bovin pour se consacrer à sa passion pour les équidés. En 1976, « l’année de la sécheresse », il acquiert une trentaine de juments de trait. « Je les ai achetées quand le prix n’était pas très élevé », sourit-il.

« Un oeil rapide »

Tout en développant son activité, il s’investit dans les structures qui régissent la race. Membre fondateur et administrateur de la Société Hippique Rurale (SHR), il est également administrateur du groupement de production du cheval lourd. L’éleveur devient rapidement un acteur incontournable du milieu. Avec près de 150 équidés (traits, selles, poneys et ânes), il apparaît même comme le plus gros éleveur des Côtes d’Armor. Disposant de ses propres étalons, il commercialise ses juments et ses poulains auprès d’autres éleveurs, mais également pour une destination moins joyeuse : la boucherie. « À l’époque nous exportions beaucoup de chevaux destinés à la boucherie, en Italie », précise-t’il. Mais à ce volet de son activité, il préfère largement la commercialisation de chevaux pour le Japon. Le pays du soleil levant est alors un des hauts lieux du trait-track, une course de puissance où les chevaux tirent de lourdes charges sur des terrains accidentés. Et dans ce domaine, les juments bretonnes sont particulièrement réputées. « Elles sont courageuses et énergiques, assure Marcel Dusseux. Elles en remontrent aux Percheronnes pourtant plus fortes ». Localement, il participe également aux concours d’élevage, mais sans être obsédé par les prix. « Souvent, je présentais une dizaine de juments et c’était impossible d’assurer une belle présentation physique pour chacune d’elles », précise-t-il. Aujourd’hui âgé de 76 ans, il n’a pas pour autant raccroché. Au début du mois de décembre, il a d’ailleurs vendu deux pouliches à un éleveur slovaque. « C’est la première fois que je vends dans ce pays », précise celui qui a gardé « un oeil rapide », pour juger les potentialités d’un cheval.


 

Roland le Mouël

En route vers le salon de l’agriculture de Paris

 

 

Au mois de février, Roland Le Mouël, éleveur à Allineuc, sera une nouvelle fois présent au salon international de l’agriculture de Paris avec une de ses pouliches. Pas véritablement une surprise pour celui qui fêtera cette année sa dixième participation au salon de la capitale.

 

 

Sur le calendrier de la famille Le Mouël, cette date du dernier samedi du mois d’août a depuis longtemps été cochée sur le calendrier. Et pour cause ! Comme chaque année à la même période, les éleveurs ont rendez-vous au Haras national de Lamballe pour le concours départemental du cheval breton. L’événement est attendu mais pour avoir l’honneur de pouvoir y présenter des bêtes, encore faut-il avoir été sélectionné. Présent au début du mois de juillet au comice cantonal du Quillio, Roland Le Mouël n’a pas fait les choses à moitié. Dans la catégorie des postières, deux pouliches et deux poulinières suitées ont décroché le sésame pour la finale départementale. C’est un bon début, mais l’éleveur en attend évidement plus. Pour y parvenir, il dispose d’ailleurs de sérieux arguments. À l’heure des résultats, ses deux poulinières suitées (Iffy et Jygha), se classent d’ailleurs aux deux premières places de leur catégorie. Dans la catégorie des pouliches de deux ans, Kyllianne, qui affiche tout de même plus de 750 kg sur la balance, décroche quant à elle, la première place. Une victoire loin d’être anodine. Comme son homologue en catégorie trait, la jeune postière devient aussi une future « Parisienne ». Au mois de février, les deux pouliches représenteront en effet le département des Côtes d’Armor au concours de la race, lors du Salon de l’agriculture.

Souvent gagnant, toujours placé

Installé depuis près de vingt ans sur l’exploitation familiale située au Penet, dans la commune d’Allineuc, Roland et Olivia ont longtemps été spécialisés dans l’élevage de volaille. Depuis quelques temps, ils ont choisi de cesser cette activité pour se diriger vers l’élevage de veaux. Parallèlement, ils développent un élevage de vaches Aubrac, dont ils commercialisent une partie de la production en vente directe à la ferme. Mais la passion du couple, très largement partagée par leurs trois enfants, Théo, Lou-Ann et Lilian, demeure le cheval breton. « Mon père était un passionné et il y a toujours eu des chevaux dans mon environnement », assure Roland. Lors de son installation, il en possédait déjà quatre ou cinq. Aujourd’hui, son cheptel affiche plus de 25 juments, étalons et poulains. Passionné par la génétique et les croisements, il a su développer un élevage de qualité. « Il faut de bonnes bases et des étalons avec de bonnes origines », précise-t-il. Déclic (9 ans) et En Avant (8 ans), font assurément partie de ceux-là. Chaque année et en tenant compte d’un savant dosage pour éviter toute consanguinité, l’élevage enregistre une dizaine de naissances. S’il ne garde pas les mâles, il préfère à chaque fois vendre ses poulains pour l’élevage plutôt que pour la boucherie. Certains ont d’ailleurs été commercialisés au japon, au Brésil, en Suisse ou encore en Roumanie. « J’ai la réputation de ne pas vendre mais en fait je vends surtout hors berceau, c’est-à-dire dans d’autres régions », sourit Roland. Si ces chevaux sont demandés, c’est aussi et surtout parce qu’au fil des ans, il s’est taillé une solide réputation lors des concours d’élevage. Qu’il s’agisse des concours cantonaux, départementaux ou nationaux, l’éleveur d’Allineuc est souvent gagnant et toujours placé. Au mois de février, ce sera donc une nouvelle fois le cas avec Kyllianne. Mais d’ici là, il va falloir débourrer la jeune pouliche et l’amener à pouvoir évoluer en toute sérénité dans l’ambiance du salon parisien. Un exercice que Roland préfère désormais confier à ses enfants.


 

Jean-Yves Blanchard

UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Présente à la fête du cheval depuis près de 35 ans, la famille Blanchard, à Trévé, cultive une véritable passion pour le cheval de trait breton. Entre sorties régulières avec l’attelage et participations aux concours de pouliches ou de poulinières, elle est même aujourd’hui partagée par trois générations.

 

Lorsqu’un soir d’été de 1984, son voisin vient lui demander un service, Jean- Yves Blanchard est loin d’imaginer que sa réponse positive va aussi générer une nouvelle passion. « Il cherchait un cavalier pour participer le lendemain à la fête du cheval qui se déroulait alors à La Motte », se souvient-il. Il accepte de monter un cheval de trait et ça lui plaît. L’idée fait son chemin et puisqu’il dispose de quelques hectares de terre, autour de sa maison située à La Boissière, dans la commune de Trévé, il cède à son envie et acquiert une jument. C’était en 1987. « Je n’y connaissais rien mais avec l’aide de l’éleveur qui nous avait vendu Bettina, nous avons pu l’atteler au bout de quelques semaines », sourit-il. La petite postière est immédiatement adoptée par Patricia et Cédric, ses deux enfants respectivement âgés de 8 et 7 ans. Montée ou attelée à une voiture anglaise des années 30, Bettina fait désormais partie de la famille. Dès l’année suivante, c’est avec elle qu’ils participent à la fête du cheval. La joie qu’elle procure va pourtant être de courte durée. Un matin, intrigué d’apercevoir sa jument et son poulain couché dans le champ, il découvre qu’ils ont été, dans la nuit, victimes de la foudre. « C’est toujours un souvenir atroce », assure-t-il. Il faut faire le deuil, mais pas question de renoncer à cette passion naissante. Avec Élégante des Landes, une jeune pouliche de 18 mois, il faut évidemment recommencer l’apprentissage de la monte et de l’attelage.

Des souvenirs extraordinaires pour les enfants

Désormais fort d’une certaine expérience dans ce domaine, elle est néanmoins prête pour la fête du cheval de l’été 1989, qui se déroule cette fois à Loudéac. « Nous avons été en calèche jusqu’au site de Ker d’Hervé, soit une petite dizaine de kilomètres et nous sommes rentrés de nuit, se souvient-il. Pour les enfants, ce sont des souvenirs inoubliables ». Des enfants qui ne vont d’ailleurs pas tarder à prendre les rênes pour participer régulièrement aux concours d’attelage organisés dans le Centre Bretagne. Vice-président de la Société Hippique Rurale (SHR) et membre de l’association du cheval breton, Jean- Yves se concentre sur l’intendance et le renouvellement de l’élevage. « Il faut changer les origines de temps en temps, assure-t-il. Cela peut se faire par insémination ou avec le concours de mon voisin qui possède des étalons. » Si les poulains sont régulièrement vendus, Valseuse de Retz, une jument de 13 ans, et Laska du Guern, une pouliche de deux ans, s’ébattent aujourd’hui dans le champ qui jouxte la maison. C’est désormais avec elles que ses enfants, devenus grands, effectuent des sorties régulières. « Il n’y a plus de concours d’attelage comme dans les années 90, mais nous sortons tout de même l’attelage régulièrement », précise Jean-Yves Blanchard. Outre la fête du cheval, qu’elle ne manquerait pour rien au monde, la famille participe régulièrement à des fêtes de village, des mariages ou encore des marchés de Noël. Parallèlement, Patricia et Cédric présentent aussi leurs chevaux lors des concours cantonaux et départementaux pour pouliches et poulinières. Avec d’ailleurs un certain succès puisque leurs juments ont été sélectionnées à trois reprises pour le concours national. Une satisfaction pour une famille qui partage la même passion et qui sait la transmettre. La relève est en effet assurée puisque Yanis, le jeune fils de Patricia, est devenu un assidu des sorties équestres familiales.


 

Nolwenn Alix, maréchal-ferrant

LA PASSION DU TRAIT BRETON

 

Femme et maréchal-ferrant, ce n’est pas si courant ! Installée près de Quintin et sillonnant le Centre Bretagne pour ferrer et parer, Nolwenn Alix y ajoute en plus une particularité. La jeune femme s’est en effet spécialisée dans le cheval de trait breton.

 

Le soleil s’est invité en cet après-midi de novembre. Sous le hangar de sa ferme du Kergault, dans la commune de Foeil, près de Quintin, Nolwenn Alix sort du box avec Gina et Dolly. Ses deux juments, respectivement âgées de 7 et 9 ans, vont se refaire une petite beauté des pieds. Douce et calme, Gina est la première à pénétrer dans le « travail », une espèce de cage de contention équipée de sangles qui va permettre au maréchal-ferrant de travailler en toute sécurité. « Pour les chevaux de selle, on utilise la méthode dite « à l’anglaise » et on cale le pied entre nos jambes, explique la jeune femme. Pour les chevaux de trait, ce métier à ferrer est en revanche nécessaire. » Habituée, la jument se laisse faire. Après avoir ôté les clous et retiré le fer, Nolwenn effectue un léger parage du sabot. L’opération effectuée pour les quatre pieds, elle peut libérer la jument avant de la reconduire tranquillement dans son box.

Développer son élevage

Couper, tailler, rapper et ferrer les sabots des chevaux de traits… C’est le métier de Nolwenn Alix, l’une des derniers maréchaux-ferrants de la région encore en activité pour ce type d’équidé. Un métier de passion qu’elle a découvert à l’adolescence. « Mon père était artisan maçon dans la presqu’île de Crozon mais il avait hérité de terres sur lesquelles il élevait quelques vaches », rappelle-t-elle. À l’âge ou ses frères réclament une mobylette, elle n’a qu’un rêve : s’offrir une jument de trait. Elle le réalise en cassant sa tirelire et achète Katia, une pouliche de deux ans. « Je l’ai débourrée pour la monter et j’allais régulièrement en randonnée avec des copines qui montaient des chevaux de selle », sourit Nolwenn. Toujours en vie, la jument qui a engendré une nombreuse descendance est aujourd’hui âgée de 24 ans. La première visite d’un maréchal-ferrant va opérer comme un déclic. Dès son départ, la jeune fille n’a plus qu’une idée en tête… C’est le métier qu’elle veut faire. Encore trop jeune, elle doit patienter. Mais dès ses 16 ans, elle intègre la Maison Familiale Rurale de Landivisiau, pour suivre une formation à la maréchalerie. « À l’époque j’étais la première femme à y entrer, sourit-elle. Depuis elles sont devenues majoritaires. » Diplôme en poche, Nolwenn prend la direction de l’Allemagne. « J’ai beaucoup appris et j’ai travaillé pour de grandes maisons d’élevage », précise-t-elle. Mais il y a comme un manque, elle ne ferre que des chevaux de selles ! Malgré certains professionnels qui tentent de l’en dissuader, elle rentre en Bretagne avec la ferme intention de se spécialiser dans le cheval de trait breton. En 2010, c’est chose faite. À Saint-Brandan d’abord, puis au Foeil où elle acquiert une petite ferme. Dans un milieu exclusivement masculin, la jeune femme ne tarde pas à imposer son professionnalisme. Le métier à ferrer accroché à son véhicule, elle sillonne le Centre Bretagne pour exercer chez les éleveurs. « Chaque année je ferre et pare environ 400 chevaux », assure-t’elle. Un chiffre en constante diminution, lié à la disparition des éleveurs qui ne sont pas remplacés par une nouvelle génération. Pour compléter son activité et faire grandir un cheptel qui compte aujourd’hui une quinzaine de têtes, Nolwenn souhaiterait développer son élevage. Privé des terres qui jouxtent son exploitation, elle n’a pas baissé les bras et se bat pour tenter d’augmenter la superficie d’une exploitation qui ne compte que deux hectares ! Une extension essentielle pour son avenir professionnel. C’est désormais au tour de Dolly d’entrer dans le « travail ». Victime d’une blessure au pied dans sa jeunesse, la jument est plus délicate à soigner. Pas pour Nolwenn.

 

 

 

 

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