Né de la construction d’un barrage, dans la première moitié du XXe siècle, le lac de Guerlédan est aujourd’hui le plus grand de Bretagne. Enfin, plus en ce moment, car depuis la mi avril et jusqu’à la fin octobre, la vallée va avoir les pieds au sec et attirer des millions de visiteurs.

 

Photo tete du dossier Page 5Le Blavet ! Depuis sa source dans la commune de Bourbriac, il traverse plusieurs dizaines de communes des Côtes-d’Armor et du Morbihan, pour finalement se jeter dans la rade de Lorient. C’est sur ce cours d’eau, qui s’étire sur plus de 160 km, qu’il a été décidé d’ériger un barrage… dans la première moitié du XXe siècle. Totalement artificiel, le lac né de cette création de l’homme est aujourd’hui le plus grand de Bretagne. Il s’étend en effet sur une superficie de plus de 300 hectares et affiche une profondeur de plus de 40 mètres, au pied du barrage.

À l’époque sa construction visait, d’abord et surtout, à produire de l’électricité pour une région qui en manquait cruellement. Neuf décennies plus tard, c’est toujours la fonction première de cet équipement, propriété d’EDF depuis 1946.

Pour vérifier le bon état de l’ouvrage et suivre son évolution dans le temps, des opérations d’assèchement sont ponctuellement conduites. Au cours du XXe siècle, ce fût déjà le cas à quatre reprises. À chaque fois, des millions de visiteurs étaient venus découvrir les mystères de la vallée engloutie. Pour cette première vidange du XXIe siècle, ils devraient encore être plus nombreux. Depuis le début du mois d’avril, la grande marée des visiteurs est déjà bien réelle.

Au fil des jours, l’eau qui s’écoule à marche forcée par les vannes du barrage, révèle peu à peu cette vallée engloutie, avant qu’elle ne se dévoile totalement. Contrairement à une légende tenace, aucun village ne fut immergé par une mise en eau qui a tout de même recouvert plus de 12 km de la vallée du haut Blavet. Certes, 17 écluses, des maisons éclusières et quelques autres furent recouvertes par les eaux. Mais n’en déplaise à certains, il sera une nouvelle fois impossible d’y trouver la confirmation d’une légende de ville engloutie, à l’image de la cité d’Ys !

Les millions de visiteurs qui devraient s’y presser, entre le mois de mai et le mois d’octobre vont y découvrir des paysages à la fois lunaires et mystérieux. Ils pourront marcher sur les bords d’un Blavet, serpentant dans son ancestral lit naturel et canalisé. Ils pourront également imaginer l’ancienne activité humaine dans les maisons éclusières, les carrières de schistes ou les abris de carriers et voir reverdir cette vallée de Guerlédan.

Des moments qu’il serait dommage ne de pas aller apprécier. Car dès novembre, les vannes se refermeront et la mythique vallée de Guerlédan sera à nouveau submergée par les eaux pendant de très nombreuses décennies…

Panorama_Guerledan_St-Aignan

1924-1930 : une construction mouvementée

Au sortir de la Première Guerre mondiale, les besoins en électricité sont de plus en plus pressants. Dans le centre Bretagne, le sous-préfet de Pontivy, Joseph Ratier, émet le premier l’hypothèse visant à barrer le Blavet pour produire de la « houille blanche ». Une première  qui suscite rapidement l’hilarité et même l’hostilité. Un homme pourtant y croit. Originaire de Pontivy, Auguste Leson est alors tout jeune diplômé de l’École supérieure d’électricité. Le courant va passer avec le sous-préfet et il sera successivement le concepteur, le promoteur, le réalisateur et le directeur du projet.

Pour le réaliser, une société, l’Union Hydro-Électrique Armoricaine (UHEA), est créée. Les capitaux nécessaires à l’édification du barrage sont rapidement réunis et les premiers coups de pioche sont donnés,  le 1er juin 1923.

Entre des études préalables imprécises et des matériaux inadaptés, les problèmes techniques apparaissent très vite. Des difficultés auxquelles s’ajoutent des conditions de travail particulièrement pénibles pour les 300 ouvriers du chantier.

Et forcément l’argent vient à manquer. Le budget total est entièrement consommé alors que le chantier n’en est qu’aux fondations ! Arrêté en septembre 1925, il reprend un an et demi plus tard, porté par une nouvelle société et un nouveau chef de chantier.

Mais l’adhésion n’est toujours pas totale. Et lorsqu’en septembre 1928, la navigation est entièrement suspendue, une guerre acharnée s’engage entre les mariniers et les défenseurs de l’électricité. Qu’importe, les travaux se poursuivent et le barrage peut être mis en eau, en août 1929. L’euphorie est de courte durée. Au cours de l’automne et de l’hiver suivant, le chantier est inondé par une crue exceptionnelle du Blavet.

Comme toujours, le Blavet finit par se calmer et si tous les problèmes ne sont pas réglés,  le barrage peut démarrer la production d’électricité en novembre 1929. Il faudra toutefois attendre plus d’un an pour que l’inauguration officielle soit enfin célébrée, le 12 octobre 1930.

2015 : un examen et des travaux

Depuis sa construction, le barrage de Guerlédan fait régulièrement l’objet d’examens techniques. Ils peuvent se faire par inspection subaquatique à l’aide d’un robot, ou, comme cette année, par une vidange complète de la retenue.

Pendant l’assec, les services d’EDF vont y effectuer d’importants travaux, pour un montant total d’environ 4 M€. Outre l’entretien de la surface de la paroi habituellement immergée du barrage et la rénovation des deux vannes de vidange de fond, un batardeau pérenne pour les vidanges de fond va être créé. Une réalisation qui permettra ensuite d’assurer la maintenance sans procéder à une vidange. Et a priori, il ne devrait plus y en avoir, avant plusieurs décennies.

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Musée de Saint Aignan : découvrir la fée électricité

Créé il y a plus de 20 ans, le musée de l’électricité situé à Saint-Aignan, a longtemps été géré par une association de passionnés. Agrandi et réaménagé, il l’est désormais par l’office de tourisme de Pontivy Communauté. Grâce à une collection particulièrement riche, composée de photographies, d’objets de production électrique et d’appareils électroménagers du début du XXe siècle, il permet de découvrir de manière originale, l’histoire passionnante de l’électricité depuis la construction du barrage. Tout au long du printemps et de l’été, il sera bien évidemment ouvert au public et proposera également diverses animations.

Les mercredis électriques

Chaque mercredi à 15 h, une visite d’environ une heure et demie, ponctuée d’expériences scientifiques simples, permettra de mieux comprendre les étonnantes propriétés de l’électricité.

L’histoire de la fée électricité

Chaque samedi à 15 h 30, les plus jeunes pourront découvrir l’histoire de la fée électricité qui, après avoir voyagé autour du monde pour souffler aux plus grands scientifiques de merveilleuses inventions, s’est aujourd’hui installée dans une lanterne magique au musée. Une découverte romancée des plus grandes inventions électriques, depuis la découverte de l’électricité statique par Thalès au VIe siècle avant notre ère, jusqu’à la construction du barrage de Guerlédan au début du XXe siècle.

Le musée et l’exposition 

Les jeudis et les dimanches, à 14 h 30, après la découverte du musée, les visiteurs  pourront également découvrir  une exposition en plein air qui retrace sur un circuit de 3 km, rythmée par 23 photos grands formats, l’épopée de la construction du barrage de Guerlédan, de 1923 à 1930.

Ici et là ! Retrouvez le dossier complet “Lac de Guerlédan : la vidange du siècle” sur la version en ligne du numéro concerné : Ici et là numéro 6