Maman et Papa “allaitent” leurs petits

Dites « pigeon » à mamie ou papy. Presque à coup sûr, elle ou il vous répondra « vole ! », avec exclamation, presque en criant. Comme quand ils jouaient à « Pigeon vole » dans la cour de récré de l’école. Mais il « allaite » aussi, le joli pigeon. Et ça, c’est moins connu. Même de mamie ou papy.

Pigeon bizet, pigeon ramier, pigeon colombin, pigeon roussart, pigeon voyageur, pigeon boulant, pigeon siffleur, pigeon à caroncule (signe particulier autour du bec), pigeon de couleur, pigeon de forme (jugé sur sa silhouette), pigeon poule (queue relevée et tête haute), pigeon de rapport (élevé pour sa chair), pigeon de structure (capuchon de plumes et éventail de la queue), pigeon de vol (vol singulier, rapide et acrobate)… pigeon des villes et pigeon des champs, domestique ou sauvage…

La liste est longue, très. Chez nous, le pigeon est pluriel. Infiniment pluriel ! Tous appartiennent à la famille des colombidae. L’espèce a donné naissance à de nombreuses races élevées pour la chair, l’ornement ou la course comme le célèbre… « pigeon Bolt ». Squatteurs des plaines et des villes, ils se nourrissent de graines, mais pas que. Au fil du temps et des lieux, ils ont appris à manger à la carte sur laquelle figurent notamment, en très bonne place, tous les déchets  alimentaires disponibles dont, bien évidemment, les plus nombreux et les plus importants, les nôtres. Au point que d’aucuns n’hésitent pas à les qualifier « d’éboueurs urbains ». Certains y vont même d’une aimable comparaison : « Les pigeons des villes, c’est des rats. Des rats volants, des rats du ciel, mais des rats. » On leur laisse le compliment. Pesant en moyenne de 250 à 800 g, le pigeon vit entre 5 et 10 ans et (en général) forme un couple stable. Mâle et femelle partagent toutes les tâches, y compris celle de nourrir les  pigeonneaux.
Pas de jaloux, maman et papa s’y collent à tour de rôle. Et là où c’est rigolo, c’est qu’ils « allaitent » leurs petits : tous les deux, le papa aussi ! Forcément sans leur donner la mamelle que ni maman, ni papa, n’a !

Au régime sans sucre

Ils leur donnent du lait de jabot. Un lait assez consistant, un peu comme s’il avait tourné au yaourt épais ou au fromage. La substance est produite par les cellules épithéliales qui tapissent leur jabot comme celui des flamants ou des manchots empereurs, autres volatiles remarquables. Très nourrissant, ce lait est donné aux oisillons par régurgitation. Les mouflets s’en gavent en enfonçant leur bec dans la gorge des parents. Sa production n’a pas grand chose à voir avec la lactation réservée aux seuls mammifères.

Mais au final, le « lait » du pigeon et celui de la vache ou de la biquette sont ressemblants et presque aussi nourrissants. Riche en graisses et en protéines, il ne contient par contre pas le moindre glucide. Peut-être pour éviter au petit de devenir accro aux bonbons, à la pâte à tartiner ou au soda marron. Parfois bien faite, la nature a programmé pour les petits un régime aux petits  oignons pour les faire pousser : du lait et seulement du lait durant les trois premiers jours après leur éclosion. Ce qui leur donne un super coup de «boost»: durant les deux premiers jours, ils doublent de poids. Imaginez la même chose pour nos bébés ! Par la suite, et jusqu’au sevrage intervenant au 18e jour, leur menu se compose  systématiquement d’un mélange de lait et de graines. Peut-être pour les préparer au « véganisme » qui vient.
Pour conclure, c’est promis. La prochaine fois que les enfants vont chez papy et mamie, ils font les kakous en leur racontant comment maman et papa pigeon endorment leur petits en leur promettant du « lolo ». Qui vole aussi. Forcément.